L’Afrique du Sud voit sa note de dette améliorée par S&P pour la première fois en 20 ans

Standard & Poor’s récompense les réformes structurelles et la stabilité budgétaire retrouvée après deux décennies de dégradations

PRETORIA/NEW YORK – Dans une décision historique qui marque un tournant majeur pour la première économie du continent africain, l’agence de notation Standard & Poor’s a relevé vendredi 14 novembre 2025 la note de crédit de l’Afrique du Sud pour la première fois depuis août 2005, soit vingt années de stagnation et de dégradations successives. La note en devises étrangères passe de BB- à BB avec une perspective positive, tandis que la note en monnaie locale est rehaussée à BB+. Cette amélioration survient dans un contexte de réformes structurelles ambitieuses, de redressement fiscal et d’amélioration spectaculaire de la situation énergétique du pays, signalant aux investisseurs internationaux que l’Afrique du Sud pourrait enfin sortir de plus d’une décennie de difficultés économiques chroniques.

Les réformes énergétiques et la fin des délestages au cœur de la décision

L’amélioration de la notation sud-africaine repose principalement sur les progrès spectaculaires réalisés dans le secteur énergétique, longtemps considéré comme le talon d’Achille de l’économie nationale. Standard & Poor’s cite explicitement les réformes dans l’électricité et d’autres secteurs comme soutenant la croissance économique du pays. Cette reconnaissance intervient après que l’Afrique du Sud a réussi à mettre fin aux délestages électriques qui paralysaient l’économie depuis plus d’une décennie. Les coupures de courant contrôlées, connues localement sous le nom de load shedding, ont quasiment disparu depuis mars 2024, offrant au pays une stabilité énergétique inédite depuis des années.

Entre avril 2024 et février 2025, le géant public de l’électricité Eskom a suspendu les délestages pendant trois cent vingt-trois jours consécutifs, une amélioration spectaculaire par rapport aux trente-deux jours enregistrés au cours de la même période l’année précédente. Cette performance remarquable découle de plusieurs facteurs convergents : l’amélioration du facteur de disponibilité énergétique qui a dépassé soixante-dix pour cent, l’ajout de nouvelles capacités de production avec la mise en service complète de nouvelles unités à Kusile et Medupi, et une maintenance plus rigoureuse des centrales existantes. Le pays a même enregistré cent trente-cinq jours consécutifs sans aucune coupure de courant entre avril et septembre 2025, avec seulement vingt-six heures de délestage sur l’ensemble de cette période.

Cette stabilisation énergétique a eu des répercussions immédiates sur l’économie sud-africaine. Les entreprises qui devaient auparavant recourir massivement à des générateurs coûteux pour maintenir leurs activités ont vu leurs coûts opérationnels diminuer significativement. La Banque mondiale estimait qu’avant cette amélioration, le pays perdait près de vingt-cinq millions de rands par heure de délestage, soit environ un virgule deux million d’euros. L’arrêt de ces coupures chroniques a permis de libérer des ressources considérables pour l’investissement productif et a redonné confiance aux investisseurs étrangers qui hésitaient à s’engager dans un pays confronté à une telle instabilité énergétique. Le retour à un approvisionnement électrique fiable constitue donc un facteur déterminant dans l’amélioration de la notation souveraine par Standard & Poor’s.

Un redressement budgétaire progressif soutenu par une discipline fiscale renforcée

Au-delà du secteur énergétique, Standard & Poor’s salue les progrès significatifs accomplis sur le plan budgétaire par le gouvernement sud-africain. L’agence prévoit que le gouvernement enregistrera son troisième excédent primaire annuel consécutif au cours de l’exercice 2025, qui se termine en mars 2026, témoignant d’une discipline fiscale retrouvée après des années de dérapages budgétaires. Les recettes publiques générales devraient dépasser les chiffres budgétés pour l’exercice 2025, malgré la révision à la baisse des prévisions de croissance du produit intérieur brut par le gouvernement, démontrant l’efficacité améliorée de la collecte des impôts et la réduction des dépenses superflues.

L’agence de notation anticipe que le déficit budgétaire du gouvernement sud-africain tombera à quatre virgule sept pour cent du produit intérieur brut pour l’exercice 2025 et continuera de diminuer pour atteindre trois virgule trois pour cent d’ici 2028, avec des excédents primaires maintenus chaque année sur cette période. Cette trajectoire d’assainissement budgétaire contraste fortement avec la période précédente où les déficits se creusaient année après année, alimentant une spirale d’endettement préoccupante. L’excédent primaire, qui mesure la différence entre les recettes publiques et les dépenses hors charges d’intérêts de la dette, permet au gouvernement de stabiliser progressivement le ratio dette sur produit intérieur brut et de retrouver des marges de manœuvre budgétaires.

Standard & Poor’s s’attend néanmoins à ce que la dette publique générale brute de l’Afrique du Sud atteigne un pic de soixante-dix-neuf pour cent du produit intérieur brut au cours de l’exercice 2025 avant de diminuer légèrement à soixante-dix-sept pour cent d’ici l’exercice 2028, à mesure que la consolidation budgétaire progressera. Ce niveau d’endettement reste élevé par rapport aux standards internationaux et supérieur à celui d’autres pays bénéficiant d’une notation similaire de catégorie BB, mais la tendance est désormais clairement orientée à la baisse. Cette amélioration de la trajectoire de la dette publique rassure les investisseurs internationaux qui redoutaient jusqu’à récemment une dérive incontrôlée de l’endettement sud-africain pouvant conduire à une crise de solvabilité.

La réduction des passifs éventuels liés à Eskom soulage les finances publiques

Un facteur déterminant dans l’amélioration de la notation concerne la réduction substantielle des passifs éventuels liés à Eskom, la compagnie publique d’électricité qui a longtemps constitué une menace existentielle pour les finances publiques sud-africaines. Standard & Poor’s a spécifiquement mentionné que Eskom a enregistré son premier bénéfice en huit ans, marquant un tournant spectaculaire pour une entreprise qui accumulait auparavant des pertes colossales nécessitant des renflouements réguliers par l’État. Le directeur général d’Eskom, Dan Marokane, a annoncé en décembre 2024 que la compagnie s’attendait à déclarer un bénéfice annuel de plus de dix milliards de rands soit cinq cent quarante-six millions de dollars pour l’exercice clos en mars 2025, après avoir enregistré une perte catastrophique de cinquante-cinq milliards de rands l’année précédente.

Ce redressement financier spectaculaire d’Eskom résulte de plusieurs facteurs convergents : l’amélioration de la performance opérationnelle avec la fin des délestages qui permettait de mieux rentabiliser les installations existantes, l’augmentation des tarifs électriques approuvée par le régulateur national de l’énergie avec une hausse de douze pour cent pour l’exercice 2025-2026, et surtout le plan d’allègement de la dette mis en place par le gouvernement. La phase finale du programme d’allègement de la dette d’Eskom a été modifiée pour réduire la charge sur les finances publiques : le transfert initialement prévu de soixante-dix milliards de rands à l’État sera remplacé par un transfert de quarante milliards de rands en 2025-2026 et de dix milliards de rands en 2028-2029, permettant d’économiser vingt milliards de rands soit un virgule douze milliard de dollars.

Cette amélioration de la situation d’Eskom libère des ressources budgétaires considérables que l’État peut désormais consacrer à d’autres priorités comme les infrastructures, l’éducation ou la santé plutôt que de devoir continuellement renflouer la compagnie électrique. Eskom traînait une dette vertigineuse de plus de quatre cents milliards de rands soit environ vingt milliards d’euros, alimentée par des décennies de mauvaise gestion, de projets mal planifiés et de corruption systémique notamment dans la construction désastreuse des centrales Medupi et Kusile qui ont coûté plus de trois cents milliards de rands pour une production bien inférieure aux attentes. La perspective d’une entreprise publique électrique enfin viable financièrement constitue un soulagement majeur pour les finances publiques sud-africaines et un signal positif envoyé aux marchés financiers.

Le gouvernement d’unité nationale et l’accélération des réformes structurelles

Standard & Poor’s attribue également l’amélioration de la notation à la présence de partis réformateurs au sein de la coalition au pouvoir et à l’objectif affiché du gouvernement d’accélérer la croissance et les réformes favorables aux entreprises. Depuis la formation du gouvernement d’unité nationale en juin 2024, après que le Congrès national africain eut perdu sa majorité absolue pour la première fois depuis la fin de l’apartheid, l’Afrique du Sud a connu une accélération notable de son agenda réformateur. Ce gouvernement de coalition réunit l’ANC qui a obtenu quarante pour cent des voix, l’Alliance démocratique avec vingt et un virgule cinq pour cent, le Parti Inkatha de la liberté et plusieurs autres formations politiques plus petites.

L’élan des réformes s’est accéléré en 2025 avec le lancement de la deuxième phase de l’Opération Vulindlela, un programme gouvernemental axé sur l’électricité, les gouvernements locaux, la transformation numérique et les régimes de visas. Cette initiative vise à lever les obstacles structurels qui entravent la croissance économique sud-africaine depuis des années : la rigidité du marché du travail, le vieillissement des infrastructures énergétiques et logistiques, les défaillances en matière de gouvernance locale, et les procédures administratives complexes qui découragent l’investissement. Le président Cyril Ramaphosa a placé les réformes économiques au cœur de son second mandat, conscient que sans transformations profondes, l’Afrique du Sud ne pourra retrouver une croissance soutenue.

Depuis la formation du gouvernement d’unité nationale, les rendements de la dette sud-africaine et les entrées de capitaux de portefeuille se sont améliorés, entraînant un assouplissement des conditions de financement et un renforcement du rand. Les investisseurs internationaux ont accueilli favorablement la coalition entre l’ANC et l’Alliance démocratique, un parti pro-business qui prône des réformes libérales, y voyant une opportunité de modernisation de l’économie sud-africaine. Le mardi douze novembre, quelques jours seulement avant l’annonce de Standard & Poor’s, le pays a d’ailleurs levé trois virgule cinq milliards de dollars grâce à une émission d’euro-obligations organisée par Citigroup et Goldman Sachs, témoignant du regain d’appétit des investisseurs pour la dette souveraine sud-africaine.

Une perspective positive mais conditionnée à la stabilité politique de la coalition

Si l’amélioration de la notation constitue une excellente nouvelle pour l’Afrique du Sud, Standard & Poor’s assortit sa décision d’une perspective positive tout en émettant des réserves importantes sur la pérennité de cette trajectoire favorable. L’agence note que cette amélioration suppose que la coalition gouvernementale se maintienne et que des compromis continuent à être trouvés, en référence aux nombreuses discordes entre les deux principaux partis depuis la formation du gouvernement mi-2024. Les tensions au sein du gouvernement d’unité nationale se sont en effet multipliées ces derniers mois, mettant en péril la stabilité de cette coalition inédite.

En janvier 2025, l’Alliance démocratique a déclaré un différend formel avec le gouvernement d’unité nationale, l’accusant de ne pas avoir consulté ses partenaires de coalition sur des projets de loi cruciaux relatifs à la santé et à l’expropriation de terres. Le chef de l’Alliance démocratique et ministre de l’Agriculture, John Steenhuisen, a souligné que le président Ramaphosa devait accepter que son parti n’était plus qu’un parti minoritaire parmi d’autres et que l’Alliance démocratique était un partenaire à part entière du gouvernement d’unité nationale. Ces frictions reflètent les divergences idéologiques profondes entre l’ANC, historiquement attaché à des politiques interventionnistes et redistributives, et l’Alliance démocratique, favorable aux réformes libérales et aux privatisations.

En avril 2025, les tensions ont encore escaladé lors du vote du budget 2025-2026, l’Alliance démocratique s’opposant avec véhémence à la proposition du ministre des Finances d’augmenter la taxe sur la valeur ajoutée pour combler un énorme déficit de trois milliards de dollars. Le porte-parole de la présidence, Vincent Magwenya, a alors déclaré sans ambages que les partis ne pouvaient pas faire partie d’un gouvernement dont ils s’opposaient au budget, laissant planer la menace d’une reconfiguration de l’exécutif. Les analystes politiques s’inquiètent de la fragilité de cette coalition gouvernementale formée dans la précipitation après le scrutin de mai 2024, certains estimant que l’exécutif dans sa forme actuelle pourrait ne pas durer jusqu’à la fin du mandat présidentiel en 2029. Un éclatement de la coalition gouvernementale pourrait rapidement inverser les gains de crédibilité obtenus auprès des investisseurs et remettre en question l’amélioration de la notation souveraine.

Les prévisions de croissance restent modestes malgré l’amélioration structurelle

Malgré les progrès accomplis, Standard & Poor’s maintient des prévisions de croissance relativement modestes pour l’économie sud-africaine. L’agence prévoit que la croissance du produit intérieur brut sud-africain augmentera à un virgule un pour cent en 2025 puis se stabilisera à une moyenne de un virgule cinq pour cent sur la période 2026-2028, contre un virgule zéro pour cent en 2024. Ces projections sont en phase avec celles du Fonds monétaire international qui anticipe une croissance de un virgule zéro pour cent en 2024 et un virgule trois pour cent en 2025, témoignant d’une reprise graduelle mais limitée de l’activité économique. Cette croissance modeste s’explique par la persistance de nombreux obstacles structurels qui continuent de freiner le potentiel économique du pays.

Si les délestages électriques se sont atténués considérablement, les goulets d’étranglement logistiques actuels continuent de peser sur l’activité économique. Le réseau ferroviaire sud-africain, autrefois considéré comme l’un des plus performants d’Afrique, souffre de décennies de sous-investissement et de maintenance défaillante. Les ports de Durban et du Cap connaissent des congestions récurrentes qui ralentissent les exportations de minerais et de produits manufacturés. Les infrastructures routières se dégradent dans de nombreuses régions, augmentant les coûts de transport pour les entreprises. Le chômage, déjà élevé à plus de trente-deux pour cent selon les statistiques officielles, continue d’augmenter, constituant une bombe sociale qui menace la cohésion du pays.

La demande mondiale affaiblie, notamment en provenance de la Chine qui représente un partenaire commercial majeur pour l’Afrique du Sud, pèse également sur les perspectives d’exportation. Les volumes de biens exportés devraient peu progresser en 2025 dans ce contexte de ralentissement économique global. L’Afrique du Sud pourrait également souffrir des changements de politique commerciale américaine sous l’administration Trump, avec la possible remise en cause des accords AGOA qui offraient un accès privilégié au marché américain. Les droits de douane réciproques imposés par Washington en avril 2025 sur les produits sud-africains, avec des taux pouvant atteindre vingt-cinq pour cent, constituent une menace sérieuse pour les exportations vers les États-Unis, premier bénéficiaire historique de ces accords commerciaux préférentiels.

Une amélioration des conditions de financement qui soulage l’État

L’amélioration de la note de crédit de l’Afrique du Sud devrait se traduire concrètement par un allègement de ses charges d’intérêts sur les marchés financiers internationaux. Une meilleure notation souveraine permet à un pays d’emprunter à des taux plus avantageux, les investisseurs percevant un risque de défaut plus faible. Pour l’Afrique du Sud dont la dette publique reste élevée à près de quatre-vingts pour cent du produit intérieur brut, toute réduction des coûts de financement libère des marges de manœuvre budgétaires précieuses qui peuvent être réaffectées à des dépenses productives comme les infrastructures, l’éducation ou la santé plutôt que de servir uniquement à payer des intérêts croissants.

Le succès de l’émission d’euro-obligations de trois virgule cinq milliards de dollars réalisée le douze novembre 2025, quelques jours avant l’annonce de Standard & Poor’s, témoigne déjà du regain d’intérêt des investisseurs pour la dette souveraine sud-africaine. Les conditions de cette émission, organisée par deux des plus grandes banques d’investissement mondiales, Citigroup et Goldman Sachs, ont été favorables avec une forte demande des investisseurs internationaux. Cette opération réussie confirme que les marchés financiers anticipaient déjà une amélioration de la perception du risque souverain sud-africain avant même l’annonce officielle du relèvement de la notation.

L’Afrique du Sud bénéficie structurellement d’avantages importants qui facilitent son accès aux marchés financiers internationaux : une monnaie activement négociée sur les marchés des changes, des marchés financiers intérieurs solides et liquides, un système bancaire relativement robuste et sophistiqué, et une tradition de respect de ses engagements financiers. La dette sud-africaine est essentiellement intérieure, à près de quatre-vingts pour cent, libellée en rand et assortie de maturités longues, ce qui la rend moins vulnérable aux chocs extérieurs et aux variations brutales des taux de change que ne le serait une dette massivement libellée en devises étrangères. Cette structure favorable de l’endettement constitue un facteur de résilience important face aux turbulences financières internationales.

Les défis qui subsistent pour consolider cette amélioration

Malgré cette amélioration historique de sa notation souveraine, l’Afrique du Sud fait face à de nombreux défis structurels qui devront être surmontés pour consolider durablement cette trajectoire positive. La persistance d’un chômage endémique, particulièrement chez les jeunes où le taux dépasse cinquante pour cent, constitue une menace majeure pour la stabilité sociale et politique du pays. Les inégalités économiques restent parmi les plus élevées au monde, créant des tensions sociales récurrentes et alimentant un ressentiment qui pourrait se traduire par des bouleversements politiques lors des prochaines échéances électorales.

La défaillance persistante de nombreux services publics locaux, notamment dans les municipalités les plus pauvres, continue de dégrader la qualité de vie des citoyens et de freiner le développement économique. La corruption, bien qu’officiellement combattue, reste endémique dans de nombreux segments de l’administration publique et des entreprises d’État. Le scandale policier de juillet 2025, dans lequel de hauts responsables dont des membres du cabinet ont été accusés d’avoir saboté des enquêtes sur des assassinats politiques, illustre la persistance de dysfonctionnements graves dans les institutions de l’État. Le président Ramaphosa a dû suspendre le ministre de la Police et créer une commission d’enquête, démontrant la fragilité institutionnelle qui persiste malgré les réformes entreprises.

La rigidité du marché du travail, avec des législations protectrices qui découragent les embauches et favorisent l’économie informelle, continue de constituer un obstacle majeur à la création d’emplois formels et décents. Les déficits en matière d’éducation et de formation professionnelle limitent la capacité du pays à développer une main-d’œuvre qualifiée capable de répondre aux exigences d’une économie moderne. La criminalité élevée, notamment dans les grandes villes comme Johannesburg et Le Cap, décourage les investissements étrangers et crée un climat d’insécurité qui pèse sur l’activité économique. La transition énergétique vers des sources d’énergie plus propres et renouvelables, si elle est nécessaire et souhaitable, nécessitera des investissements massifs que le pays peine à mobiliser dans un contexte budgétaire contraint.

Une reconnaissance internationale qui arrive à point nommé avant le G20

Cette amélioration historique de la notation souveraine intervient à un moment particulièrement opportun pour l’Afrique du Sud, quelques jours seulement avant que le pays n’accueille une réunion importante du G20. Cette reconnaissance par l’une des trois principales agences de notation financière mondiale offre au président Ramaphosa et à son gouvernement un argument de poids pour promouvoir l’Afrique du Sud comme destination d’investissement auprès des dirigeants et investisseurs internationaux présents lors de cet événement de premier plan. Le timing de l’annonce, qui pourrait paraître fortuit, démontre néanmoins que les marchés financiers et les agences de notation suivent de près les développements positifs en Afrique du Sud et sont prêts à récompenser les progrès accomplis.

Cette amélioration de la notation envoie également un signal fort aux autres économies africaines : les réformes structurelles courageuses, la discipline budgétaire et l’amélioration de la gouvernance peuvent être reconnues et récompensées par les marchés financiers internationaux, même après de longues périodes de difficultés. Pour un continent africain souvent décrié pour ses problèmes de gouvernance et ses difficultés économiques, l’exemple sud-africain pourrait inspirer d’autres nations à entreprendre des réformes similaires. La première économie du continent, malgré tous ses défis persistants, démontre qu’un redressement est possible lorsque la volonté politique et les conditions structurelles convergent.

Les deux autres grandes agences de notation, Moody’s et Fitch, n’ont pas encore suivi Standard & Poor’s dans le relèvement de la note sud-africaine, conservant leurs notations respectives dans la catégorie spéculative. Cependant, l’amélioration accordée par Standard & Poor’s pourrait inciter ces agences à réévaluer prochainement leur propre appréciation du risque souverain sud-africain. Une convergence des notations à la hausse par les trois principales agences renforcerait encore la crédibilité de l’Afrique du Sud sur les marchés financiers internationaux et réduirait davantage ses coûts de financement. Le chemin vers le retour dans la catégorie investment grade, perdue il y a des années, reste long mais apparaît désormais moins improbable qu’auparavant.

Un espoir fragile qu’il faudra consolider dans la durée

L’amélioration de la notation souveraine de l’Afrique du Sud par Standard & Poor’s après vingt années d’attente constitue indéniablement une excellente nouvelle pour la première économie du continent africain et un témoignage de la reconnaissance internationale des efforts de réforme entrepris. Cette décision historique récompense les progrès spectaculaires accomplis dans le secteur énergétique avec la fin des délestages chroniques, l’amélioration de la discipline budgétaire avec trois excédents primaires consécutifs, le redressement financier d’Eskom qui soulage les finances publiques, et l’accélération des réformes structurelles portées par le gouvernement d’unité nationale. Ces avancées tangibles ont convaincu l’une des institutions les plus influentes de la finance mondiale que l’Afrique du Sud méritait une réévaluation positive de son risque de crédit.

Cependant, cette amélioration ne doit pas masquer la fragilité de la situation et l’ampleur des défis qui subsistent. La croissance économique prévue reste modeste et insuffisante pour absorber la masse de chômeurs et réduire significativement les inégalités sociales explosives. La coalition gouvernementale traverse des turbulences récurrentes qui menacent sa cohérence et sa capacité à mener des réformes impopulaires mais nécessaires. Les infrastructures logistiques et de transport continuent de constituer des goulets d’étranglement qui limitent le potentiel de croissance. La corruption et les dysfonctionnements institutionnels persistent dans de nombreux segments de l’État. Les défis sociaux liés au chômage endémique, aux inégalités vertigineuses et à la criminalité élevée restent non résolus.

L’Afrique du Sud se trouve donc à un tournant décisif de son histoire économique récente. Le pays a démontré sa capacité à entreprendre des réformes difficiles et à obtenir des résultats tangibles dans des domaines cruciaux comme l’électricité et les finances publiques. Cette amélioration de notation ouvre une fenêtre d’opportunité pour attirer des investissements étrangers, réduire les coûts de financement et retrouver une dynamique de croissance plus soutenue. Mais cette opportunité pourrait rapidement se refermer si la coalition gouvernementale implose, si les réformes s’enlisent face aux résistances corporatistes, ou si de nouveaux chocs externes viennent fragiliser une reprise encore balbutiante. Les prochains mois seront déterminants pour savoir si l’Afrique du Sud parviendra à transformer cet espoir fragile en une trajectoire durable de développement et de prospérité partagée.

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El Djezairi Bilal est journaliste et analyste politique, passionné par les luttes d'émancipation et l'histoire contemporaine du continent africain. Héritier d'une tradition éditoriale fondée dans le souffle de l'indépendance algérienne, il a ressuscité Révolution Africaine — titre historique né au lendemain de 1962 et disparu depuis — pour en faire un média numérique d'actualité panafricaine. À travers ce projet de mémoire et de continuité, il ambitionne d'offrir une information rigoureuse et engagée sur les mutations politiques, sociales et géopolitiques qui traversent l'Afrique d'aujourd'hui. Fidèle à l'esprit combatif du titre originel, il défend une presse africaine indépendante, ancrée dans les réalités du continent et accessible à tous.
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