Si la France préfère retenir le 8 mai 1945 comme une victoire, un nouveau souffle pour la paix, c’est pour bien mieux en étouffer un autre. En Algérie colonisée, cette date marque le massacre de plus de 45 0000 algériens et annonce le début d’une répression sanglante.
Alors que plusieurs défilés célèbrent la capitulation de l’Allemagne nazie, les Algériens marchent eux-aussi pour fêter cette victoire menée de front par les plus de 400 000 tirailleurs algériens et sénégalais des troupes coloniales françaises. Les algériens en profitent pour réclamer leur indépendance dans plusieurs villes, appelant à l’autodétermination et à l’égalité des droits, mais le Gouvernement du Général de Gaulle ordonne de faire taire les “indigènes”.

L’élément déclencheur du massacre a été le meurtre par un policier, de Bouzid Saâl, 26 ans, lors d’une manifestation à Sétif pour avoir brandi un drapeau vert et rouge, représentant une Algérie libre. Le peuple algérien désireux d’avoir des droits sur leur propre territoire, en profitent pour réclamer la libération de Messali Hadj, leader du mouvement nationaliste.
Les symboles mettant en avant une Algérie indépendante et libre était formellement interdits et réprimés. Lors cette manifestation la répression a été sanglante. Selon l’historien Jean-Pierre Peyroulou, qui a notamment publié Guelma, 1945, Une subversion française dans l’Algérie coloniale « les opérations militaires dépassèrent la simple activité de répression. Il y eut donc dans cette région, une véritable guerre contre des civils très faiblement armés. Une répression aveugle et sanglante »
Pendant 16 jours, jusqu’au 24 mai 1945, l’armée d’occupation française, tuera plus de 45 000 algériens à Sétif, Guelma et Kherrata, des villes majeures de la résistance. Une volonté assumée de faire taire tout type de revendications nationalistes. La marine et l’aviation française sous les ordres du général Duval, bombardent les villages côtiers. La loi martiale est proclamée, rendant tout déplacement interdit et imposant un couvre-feu. Tous les chefs nationalistes identifiés ou simplement suspects sont arrêtés et exécutés.
Le 8 mai 1945 marque un réel tournant dans la lutte pour l’auto-détermination du peuple algérien, colonisé depuis 115 ans. Bien que longtemps perçu comme de simples “évènements” en métropole, et la volonté incessante de cacher les massacres perpétrés; les algériens finiront par gagner leur indépendance 17 ans plus tard, le 5 juillet 1962, après 132 ans de colonisation.
Les massacres de Sétif ont longtemps été passés sous silence, et il aura fallu attendre 2005 pour qu’un ambassadeur français à Alger parle d’une “tragédie inexcusable” et 2012 pour que François Hollande reconnaisse “les souffrances que la colonisation a infligées”.
Alors que la demande de reconnaissance par les autorités algériennes des crimes de guerre de l’État français reste vaine, en Algérie, le 8 mai 1945 est honoré chaque année comme la Journée de la mémoire. Et la France ne doit pas oublier cette mémoire commune.





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