À l’approche du 20e anniversaire de l’Association des producteurs de coton africains (AProCA), les voix s’élèvent sur le continent pour alerter : le coton, pilier économique pour des millions d’Africains, est en danger. Entre changement climatique, baisse des surfaces cultivées et diktat des prix mondiaux, l’industrie du “coton blanc” est à la croisée des chemins.
Un secteur vital mais vulnérable
Avec 3 millions de tonnes produites chaque année, le coton africain fait vivre environ 20 millions de personnes, principalement dans 15 pays producteurs. Ce coton, souvent récolté à la main dans des conditions ardues, est reconnu pour sa qualité supérieure. Pourtant, les producteurs africains n’ont aucun pouvoir de négociation face aux géants du marché mondial.
« Malgré la qualité de notre coton, nous sommes contraints d’accepter les prix imposés par les grandes puissances productrices », déplore Koussouwè Kourouféi, président de l’AProCA et agriculteur togolais.
La pluie n’est plus au rendez-vous
Le changement climatique est venu aggraver une situation déjà précaire. En Afrique de l’Ouest, notamment au Togo, les agriculteurs font face à des perturbations sévères des saisons de pluie. Les semis ne coïncident plus avec les précipitations, les ravageurs prolifèrent, et les terres deviennent de plus en plus difficiles à exploiter.
« La pluie n’arrive plus au moment des semences. Cela change tout. Nous avons dû réduire nos surfaces cultivées », explique Padibalaki Péguédou, coordinateur de la Fédération nationale des producteurs de coton du Togo.
En 2024, les prévisions tablaient sur 75 000 hectares de coton au Togo. Finalement, les agriculteurs n’ont pu en cultiver que moins de 65 000 hectares cette année. Une tendance généralisée dans toute la « ceinture du coton » africain.
Irrigation : la clé de la survie ?
Face à l’imprévisibilité croissante des pluies, l’AProCA milite pour un changement de paradigme : sortir de la dépendance à l’agriculture pluviale et basculer vers des systèmes irrigués, permettant de cultiver en dehors des saisons traditionnelles.
« Il faut rompre avec le modèle actuel. Le coton ne peut plus dépendre de la pluie. L’irrigation est notre seule voie durable », affirme Kourouféi.
Mais irriguer nécessite des investissements lourds, des infrastructures, et un accompagnement technique que peu de producteurs peuvent s’offrir seuls.
Vers un plan stratégique continental
Pour marquer ses 20 ans d’existence, l’AProCA organise une rencontre stratégique à Garoua, au Cameroun, à la fin du mois. Objectif : élaborer une nouvelle feuille de route pour la décennie à venir, centrée sur l’adaptation climatique, la défense des prix justes et l’amélioration des conditions de travail.
Malgré les soutiens de partenaires internationaux, les producteurs réclament davantage qu’un accompagnement symbolique : des politiques structurelles, des investissements dans la mécanisation durable, et surtout, un rééquilibrage des règles du commerce mondial.
Survivre pour ne pas disparaître
Le coton africain, longtemps surnommé « l’or blanc », ne veut pas devenir une relique d’un passé glorieux. Il veut se moderniser, se défendre et se transformer, pour rester un pilier économique au service des communautés rurales du continent.
« Soit on s’adapte, soit on disparaît. Il n’y a plus d’alternative », conclut Kourouféi, lucide mais combatif.





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