AGOA menacé : le « Made in Africa » en péril sous la guerre commerciale de Trump

L’African Growth and Opportunity Act (AGOA), pilier des relations commerciales entre les États-Unis et l’Afrique depuis plus de deux décennies, se retrouve dans la tourmente. Ce programme, qui permet aux pays africains d’exporter sans droits de douane vers les États-Unis, est désormais remis en cause par la politique protectionniste de Donald Trump. Textile kényan, automobile sud-africaine, agriculture ivoirienne… De nombreux secteurs africains, florissants grâce à l’AGOA, risquent d’être fragilisés par la guerre commerciale imposée par Washington.

L’AGOA, un levier de développement industriel africain

Adopté en 2000 sous la présidence de Bill Clinton, l’AGOA a ouvert les portes du marché américain à plus de 35 pays africains, stimulant la production locale et l’industrialisation. Ce programme a permis de créer des millions d’emplois, notamment dans le secteur textile au Kenya, l’automobile en Afrique du Sud et l’agriculture en Côte d’Ivoire et au Ghana.

Grâce à l’AGOA, des produits africains bénéficient d’un accès préférentiel aux États-Unis, ce qui les rend plus compétitifs face aux concurrents asiatiques et sud-américains. En 2023, les exportations africaines sous ce régime ont dépassé 10 milliards de dollars, avec des produits comme le coton, les vêtements, le cacao et les véhicules sud-africains figurant parmi les plus demandés.

Mais cet équilibre fragile est aujourd’hui menacé.

Trump et l’AGOA : un programme en sursis

Depuis son arrivée au pouvoir, Donald Trump a adopté une politique protectionniste visant à réduire le déficit commercial américain. Après avoir engagé une guerre tarifaire avec la Chine et l’Europe, il s’est tourné vers l’Afrique, estimant que l’AGOA favorisait « des accords commerciaux injustes ».

Les récentes décisions de l’administration Trump laissent craindre un réexamen ou même un démantèlement progressif de l’AGOA. Le président américain a notamment :

  • Augmenté les droits de douane sur plusieurs matières premières africaines, comme l’acier et l’aluminium sud-africains.
  • Suspendu temporairement le Kenya de certains avantages après des désaccords sur des quotas d’importation.
  • Critiqué ouvertement le programme, affirmant que les États-Unis ne devaient plus accorder de privilèges commerciaux sans contreparties.

Textile kényan : un secteur en péril

Le Kenya est l’un des plus grands bénéficiaires de l’AGOA, notamment à travers son industrie textile. Des usines situées à Nairobi, Thika et Eldoret exportent massivement des vêtements vers les États-Unis, générant plus de 500 millions de dollars de revenus par an et employant près de 200 000 travailleurs.

Avec la remise en cause de l’AGOA, les entreprises kényanes s’inquiètent.

« Si les États-Unis augmentent les taxes sur nos textiles, nous perdrons notre avantage concurrentiel et de nombreuses usines devront fermer », alerte John Mutua, directeur d’une usine à Nairobi.

L’absence d’un accès privilégié au marché américain pourrait déplacer la production vers l’Asie, où la main-d’œuvre reste moins chère, fragilisant encore plus l’industrie kényane.

Automobile sud-africaine : un autre géant menacé

L’Afrique du Sud est un acteur clé du secteur automobile africain, avec des marques comme Toyota, Ford et BMW qui y ont implanté des usines. Une partie de la production est exportée vers les États-Unis, notamment grâce aux facilités de l’AGOA.

Mais avec les nouvelles mesures protectionnistes, ce marché est menacé.

« Une taxation supplémentaire de nos véhicules en Amérique pourrait dissuader les investisseurs étrangers et forcer certaines usines à ralentir leur production », explique Siyabonga Mahlangu, analyste économique à Johannesburg.

Déjà frappée par une crise économique et un chômage élevé, l’Afrique du Sud pourrait voir des milliers d’emplois disparaître si l’accès aux États-Unis devient plus difficile.

Les conséquences économiques pour l’Afrique

Si l’AGOA est remis en cause, plusieurs effets négatifs pourraient en découler :

  • Perte de compétitivité : sans accès préférentiel, les produits africains seront plus chers sur le marché américain.
  • Chute des exportations : des pays comme le Kenya, l’Afrique du Sud, le Ghana ou l’Éthiopie verront leurs revenus diminuer.
  • Risque de chômage massif : des milliers d’emplois, notamment dans le textile et l’automobile, pourraient être perdus.

Pour éviter ces conséquences désastreuses, plusieurs pays africains cherchent à négocier avec Washington et à diversifier leurs marchés d’exportation, notamment vers l’Europe et l’Asie.

L’Afrique à la croisée des chemins

Alors que le continent tente de s’imposer comme un acteur majeur du commerce mondial, la remise en question de l’AGOA par l’administration Trump représente un coup dur. Si le programme venait à être supprimé, l’Afrique perdrait un levier important de son industrialisation.

Les gouvernements africains doivent désormais anticiper ces évolutions, en renforçant leur compétitivité et en recherchant de nouveaux partenariats commerciaux. L’enjeu est de taille : il s’agit de préserver l’essor du « Made in Africa » face aux turbulences économiques mondiales.

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