En ce 8 mars, Journée Internationale des Femmes, il est essentiel de célébrer les femmes africaines qui, depuis des millénaires, ont façonné l’histoire du continent par leur courage, leur intelligence et leur leadership. Des reines guerrières aux résistantes anticoloniales, en passant par les innovatrices modernes, l’Afrique regorge d’héroïnes dont les legs transcendent les frontières et les époques. Cet article rend hommage à ces figures emblématiques, souvent méconnues, mais dont l’impact reste indélébile.
I. L’Antiquité Africaine : Des Reines et Des Déesses
- Hatchepsout (Égypte Antique, XVᵉ siècle av. J.-C.)
Bien qu’elle soit souvent associée à l’Égypte pharaonique, Hatchepsout est une figure incontournable de l’histoire africaine. Première femme à régner en tant que pharaon, elle a consolidé le pouvoir égyptien grâce à des expéditions commerciales vers le Pays de Pount (actuelle Somalie ou Érythrée). Son règne prospère, marqué par la construction du temple de Deir el-Bahari, a prouvé qu’une femme pouvait incarner la puissance divine et politique. - Candace d’Éthiopie (Reines de Méroé, IVᵉ siècle av. J.-C. – Iᵉr siècle apr. J.-C.)
Le titre « Candace » désignait les reines-mères du royaume de Koush (actuel Soudan). L’une d’elles, Amanishakhéto, a résisté à l’invasion romaine en 24 av. J.-C., forçant l’empereur Auguste à signer un traité de paix. Ces reines guerrières, représentées avec des arcs et des lances, symbolisaient la force militaire et spirituelle de leur civilisation.
II. L’Ère Précoloniale : Guerrières, Diplomates et Symboles de Pouvoir
- Reine Amina de Zazzau (Nigeria, XVIᵉ siècle)
Reine du royaume haoussa de Zazzau (aujourd’hui Zaria), Amina est célèbre pour ses conquêtes militaires. Elle a étendu son territoire jusqu’au Niger actuel et instauré des routes commerciales sécurisées. Son nom résonne encore comme un symbole de leadership féminin en Afrique de l’Ouest. - Reine Nzinga Mbandi (Ndongo et Matamba, Angola, XVIIᵉ siècle)
Figure de la résistance contre les Portugais, Nzinga a mené une guerre diplomatique et militaire pendant plus de 40 ans. En s’alliant aux Hollandais et en libérant des esclaves, elle a protégé son royaume de la traite transatlantique. Son intelligence stratégique, comme la légende où elle refuse un siège inférieur face aux colons en utilisant un serviteur comme tabouret, illustre sa détermination. - Makeda, Reine de Saba (Éthiopie/Yémen, Xᵉ siècle av. J.-C.)
Bien que son histoire soit enveloppée de mythes, la Reine de Saba incarne l’échange culturel entre l’Afrique et le Moyen-Orient. Selon les traditions éthiopiennes, elle serait la mère de Ménélik Ier, fondateur de la dynastie salomonide.
III. Résistances Coloniales : Combattantes pour la Liberté
- Yaa Asantewaa (Empire Ashanti, Ghana, 1840–1921)
Lorsque les Britanniques exilèrent le roi ashanti en 1900, Yaa Asantewaa, reine-mère, mena la révolte de la Guerre du Siège d’Or. Son appel aux armes — « Si vous, les hommes, ne partez pas au combat, nous, les femmes, le ferons ! » — reste un cri de ralliement pour l’émancipation féminine. - Mekatilili wa Menza (Giriama, Kenya, 1860–1924)
Prophétesse et guerrière, elle a uni le peuple giriama contre l’oppression britannique, organisant des serments secrets (Kaya) pour renforcer la résistance. Capturée et exilée, elle s’évada à deux reprises, devenant un symbole d’indomptabilité. - Sarraounia Mangou (Niger, fin XIXᵉ siècle)
Reine des Azna, elle a combattu la colonne française Voulet-Chanoine en 1899, refusant de se soumettre. Son courage face aux armes modernes avec des guerriers mal équipés est célébré dans la littérature et le cinéma.
IV. L’Afrique Postcoloniale : Pionnières Politiques et Sociales
- Funmilayo Ransome-Kuti (Nigeria, 1900–1978)
Mère du célèbre Fela Kuti, Funmilayo fut une militante anticoloniale et féministe. Elle créa l’Abeokuta Women’s Union, qui lutta contre les taxes injustes imposées aux femmes par les Britanniques. En 1949, elle mena 10 000 femmes dans une marche forcant l’Alake (roi) à abdiquer temporairement. - Ellen Johnson Sirleaf (Libéria, née en 1938)
Première femme élue présidente en Afrique (2006), Sirleaf a stabilisé le Libéria après des décennies de guerre civile. Prix Nobel de la Paix en 2011, elle a œuvré pour la réconciliation nationale et les droits des femmes. - Wangari Maathai (Kenya, 1940–2011)
Fondatrice du Green Belt Movement, elle a planté plus de 50 millions d’arbres pour lutter contre la déforestation. Première femme africaine lauréate du Nobel de la Paix (2004), elle liait écologie, démocratie et droits des femmes.
V. Art, Culture et Militantisme Contemporain
- Miriam Makeba (Afrique du Sud, 1932–2008)
Surnommée Mama Afrika, Makeba utilisa sa musique pour dénoncer l’apartheid. Exilée 31 ans, elle devint une ambassadrice mondiale de la lutte antiraciste. Sa chanson Pata Pata reste un hymne planétaire. - Fatima Meer (Afrique du Sud, 1928–2010)
Sociologue et proche de Nelson Mandela, elle combattit l’apartheid par l’éducation et les écrits, fondant des écoles pour enfants noirs. Son autobiographie Higher Than Hope inspira des générations. - Werewere Liking (Cameroun/Côte d’Ivoire, née en 1950)
Artiste pluridisciplinaire, elle a créé le Village Ki-Yi à Abidjan, un espace dédié à la promotion de l’art africain contemporain et à l’autonomisation des jeunes.
VI. L’Afrique d’Aujourd’hui : Héritières des Géantes
Les femmes africaines continuent de transformer leurs sociétés :
- Dr. Denis Mukwege (RDC), bien qu’homme, a travaillé main dans la main avec des survivantes de violences sexuelles.
- Jaha Dukureh (Gambie), militante contre les mutilations génitales féminines.
- Ngozi Okonjo-Iweala (Nigeria), première femme directrice de l’OMC.
Un Héritage Vivant
De la Reine Nzinga à Ellen Johnson Sirleaf, ces femmes ont brisé les chaînes de la soumission, montrant que le leadership féminin est une force irrépressible. En cette Journée Internationale des Femmes, leur histoire nous rappelle que l’émancipation de l’Afrique passe par la reconnaissance de ses filles, sœurs et mères. Leur combat n’est pas terminé : il se perpétue dans les rues, les parlements et les villages où des Africaines continuent d’écrire l’histoire.
« La femme est l’avenir de l’Afrique », disait l’écrivaine Ken Bugul. À nous de leur rendre hommage en soutenant leurs luttes, présentes et futures.





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