Le Rwanda réclame 63 millions de dollars au Royaume-Uni après l’abandon de l’accord migratoire

Le Rwanda exige du Royaume-Uni le versement de 63 millions de dollars sterling (environ 50 millions de livres) à la suite de l’abandon définitif de l’accord controversé sur les demandeurs d’asile. Cet accord, signé en 2022 sous le gouvernement de Boris Johnson, prévoyait l’expulsion vers le Rwanda des migrants arrivant illégalement en Grande-Bretagne.

Après plusieurs recours judiciaires et une décision défavorable de la Cour suprême britannique, le projet a été annulé par le Premier ministre Keir Starmer en juillet 2024. Mais Kigali estime que Londres lui doit encore des paiements liés à cet engagement et réclame un dédommagement.

Un accord migratoire aux ambitions controversées

Annoncé en avril 2022, le partenariat entre Londres et Kigali avait pour objectif de réduire les arrivées illégales de migrants au Royaume-Uni en externalisant leur traitement au Rwanda. L’accord prévoyait que les demandeurs d’asile interceptés sur le territoire britannique soient envoyés au Rwanda, où leur dossier devait être examiné.

En échange, le Royaume-Uni s’était engagé à financer le dispositif à hauteur de 240 millions de livres sterling (environ 280 millions d’euros). Le gouvernement britannique espérait ainsi dissuader les traversées illégales de la Manche, qui avaient atteint des niveaux records.

Cependant, ce plan a rapidement fait l’objet de vives critiques. Des organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International, ont dénoncé une approche contraire aux engagements internationaux en matière d’asile. Plusieurs recours ont été déposés devant les tribunaux britanniques, conduisant à une suspension des expulsions.

En novembre 2023, la Cour suprême du Royaume-Uni a porté un coup fatal au projet en le déclarant illégal. Selon les juges, le Rwanda ne pouvait être considéré comme un pays sûr pour les demandeurs d’asile, rendant l’accord juridiquement inapplicable.

Le gouvernement Starmer met un terme définitif au projet

Avec l’élection du travailliste Keir Starmer en juillet 2024, l’accord a été officiellement enterré. Le nouveau Premier ministre a critiqué un dispositif « inefficace et excessivement coûteux », annonçant une refonte complète de la politique migratoire britannique.

Son gouvernement a misé sur une coopération renforcée avec l’Europe pour lutter contre l’immigration illégale, privilégiant les contrôles frontaliers et les accords de réadmission avec les pays d’origine des migrants.

Mais cette décision a provoqué la colère du Rwanda, qui estime que Londres a rompu unilatéralement l’accord et lui doit encore des compensations financières.

Kigali exige un paiement supplémentaire

Le Rwanda réclame aujourd’hui 63 millions de dollars au Royaume-Uni, invoquant des engagements financiers non honorés. Kigali estime que les investissements réalisés pour accueillir les migrants doivent être pris en compte et accuse Londres de ne pas respecter sa part du contrat.

Cette demande survient alors que les relations entre les deux pays se sont détériorées ces derniers mois. Le Royaume-Uni a récemment suspendu une partie de son aide bilatérale au Rwanda, en raison des tensions liées à l’implication présumée de Kigali dans le conflit en République démocratique du Congo.

Londres, de son côté, rejette cette demande et considère que les paiements effectués jusque-là couvrent déjà toutes ses obligations. Une source gouvernementale britannique a déclaré que « l’accord ne prévoyait pas de versements supplémentaires en cas d’abandon du projet ».

Un dossier qui empoisonne les relations diplomatiques

Alors que les tensions s’accumulent, aucune issue ne semble se dessiner. Des négociations discrètes auraient été engagées entre les gouvernements britannique et rwandais, mais Londres ne semble pas disposée à céder à la pression de Kigali.

Ce différend pourrait avoir des répercussions plus larges, notamment sur les futures politiques d’externalisation de l’asile en Europe. Plusieurs pays, dont l’Italie et le Danemark, envisagent des dispositifs similaires avec des États africains. L’échec de l’accord entre Londres et Kigali pourrait servir d’exemple et refroidir ces ambitions.

En attendant, le Rwanda insiste pour obtenir son dû, tandis que le Royaume-Uni cherche des alternatives pour gérer la pression migratoire. Ce bras de fer diplomatique pourrait bien s’intensifier dans les mois à venir.

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